Contraception et IVG en France : l’évolution des pratiques

En France, la façon de se protéger d’une grossesse non prévue a profondément changé en cinquante ans. La pilule, longtemps méthode de référence, recule au profit d’autres méthodes contraceptives, tandis que le nombre d’interruptions volontaires de grossesse (IVG) augmente depuis 2022. Que disent les données de l’Ined et de la Drees ? Et comment votre pharmacie peut-elle vous accompagner ?

 

Contraception en France : un paysage qui se transforme

Selon les enquêtes de l’Institut national d’études démographiques (Ined), la répartition des méthodes contraceptives a évolué de manière spectaculaire depuis 1968. L’Ined mesure ces pratiques auprès des femmes qui ont des rapports sexuels, ne sont ni enceintes ni stériles et ne cherchent pas à concevoir.

 

Quelques chiffres sur la contraception en France

Recul important de la pilule

 La pilule concernait environ 57 % des femmes en 2000. Elle n’en concerne plus que 26,8 % en 2023.

 

Les méthodes dites de longue durée sont aujourd’hui privilégiées

Le stérilet, l’implant, le patch et l’injectable progressent : de 19,9 % en 2000 à 32,5 % en 2023. Ces méthodes devancent désormais la pilule.

 

Les méthodes barrières ou naturelles progressent

Les méthodes barrières ou naturelles (préservatif, retrait, méthodes de suivi du cycle) repassent à 26,1 % en 2023, contre 14,4 % en 2000.

 

La stérilisation demeure stable entre 2000 et 2023 en France métropolitaine

La stérilisation (de la femme ou de son partenaire) atteint 5,5 sur 100.

 

L’absence de contraception augmente

L’absence de contraception concerne 9 femmes sur 100 en 2023, contre 3,4 en 2000 et 4 en 2010.

 

De la « crise de la pilule » à la diversification des méthodes

Dans les années 1980 et 1990, la pilule s’impose comme méthode de référence.

Depuis, les débats sur les risques des pilules de 3e et 4e générations (Exemple le plus récent : les contraceptifs hormonaux oraux (pilules progestatives) commercialisés sous les noms Antigone®, Elfasette®, Optimizette®, etc. ainsi que sous forme de médicaments génériques (Biogaran, Cristers, Sandoz) pourrait entrainer un risque rare de méningiome) ont entrainé la recherche de solutions sans hormones ou sans prise quotidienne.

Les recommandations de l’ANSM et de la HAS invitent d’ailleurs à privilégier, en première intention, une pilule combinée de 1re ou 2e génération lorsque ce type de contraception est envisagé.

Cette diversification est plutôt une bonne nouvelle : chaque femme peut choisir une méthode adaptée à son âge, à son mode de vie et à son état de santé, avec l’aide d’un médecin, d’une sage-femme ou d’un pharmacien.

 

Contraception d’urgence : un recours en hausse

La contraception d’urgence, ou « pilule du lendemain », est un moyen de rattrapage après un rapport non protégé ou un oubli de pilule. Elle ne remplace pas une contraception régulière, mais son usage a fortement progressé.

Les chiffres clés

  • Un usage qui a doublé en dix ans. Dans son rapport de 2013, la Haute Autorité de santé (HAS) constatait que l’utilisation de la contraception d’urgence avait doublé en dix ans, avec environ 1,3 million de boîtes vendues en 2010. Elle indiquait aussi que, dans 90 % des cas, la délivrance se faisait directement en pharmacie, sans prescription.
  • Selon le baromètre 2025 de NèreS (organisation qui représente les laboratoires de produits de santé disponibles sans ordonnance), les délivrances de « pilules du lendemain » ont augmenté de 34,4 % depuis 2019, dont + 1,9 % entre 2024 et 2025.

La contraception d’urgence hormonale délivrée gratuitement en pharmacie

Depuis le 1er janvier 2023, la contraception d’urgence hormonale est délivrée gratuitement en pharmacie, sans ordonnance, à toutes les femmes, quel que soit leur âge.

Auparavant, elle n’était gratuite sans ordonnance que pour les mineures, et remboursée à 65 % sur prescription à partir de 26 ans. Les majeures présentent leur carte Vitale ou une attestation de droits, et la délivrance reste anonyme pour les mineures.

Quels délais respecter ?

Plus la prise est précoce, plus elle est efficace. Selon la molécule, elle peut être utilisée jusqu’à 72 heures (lévonorgestrel) ou 120 heures, soit 5 jours (ulipristal) après le rapport. Elle ne protège que du rapport qui précède sa prise.

Une hausse de la contraception d’urgence expliquée par la baisse de la contraception régulière

Pour les professionnels du secteur, cette hausse traduit le recul de la contraception régulière : c’est l’analyse portée par NèreS, qui appelle à renforcer la prévention en santé sexuelle, notamment auprès des 18-25 ans. Ces données ne permettent toutefois pas d’établir un lien direct avec l’évolution du nombre d’IVG.

 

IVG : une hausse constante depuis 2022

Après avoir diminué jusqu’au début des années 1990, le nombre d’avortements est resté proche de 220 000 par an pendant près de trente ans.

Il augmente de nouveau depuis 2022. En 2025, le nombre d’IVG a atteint 259 400.

En 2025, le taux de recours atteint 17,8 IVG pour 1 000 femmes de 15 à 49 ans, en hausse de 0,5 point par rapport à 2024. Il est le plus élevé chez les 20-29 ans. Le rapport entre IVG et naissances est lui aussi remonté : il approche 1 IVG pour 3 naissances, contre environ 1 pour 4 pendant trois décennies.

Comment expliquer cette hausse des avortements ?

Les chercheuses de l’Ined avancent l’hypothèse d’une précarisation sociale et économique et d’une incertitude grandissante, qui augmenteraient la propension à interrompre une grossesse. Elles précisent qu’il est trop tôt pour savoir s’il s’agit d’un simple report de naissances. L’allongement du délai légal à 14 semaines en 2022 n’explique qu’une très faible part de la hausse (1 à 2 % des IVG).

Les chiffres montrent aussi de fortes disparités : le recours à l’IVG est environ deux fois plus élevé dans les départements et régions d’outre-mer qu’en France hexagonale.

Comment se déroule une IVG aujourd’hui ?

Les modalités ont beaucoup évolué depuis la loi Veil de 1975 :

  • La méthode médicamenteuse de l’IVG est majoritaire : 81 % des IVG en 2025. Elle peut être pratiquée en ville jusqu’à 7 semaines de grossesse (9 semaines d’aménorrhée).
  • Une IVG sur deux est réalisée hors établissement de santé (cabinet, centre de santé, centre de santé sexuelle).
  • Les sage-femmes jouent un rôle croissant : habilitées depuis 2016 pour les IVG médicamenteuses et depuis 2022 pour les IVG chirurgicales, elles réalisent désormais un quart des IVG en ville.
  • L’IVG est prise en charge à 100 % par l’Assurance Maladie, avec les actes associés.

Le délai légal est de 14 semaines de grossesse depuis 2022, et la liberté de recourir à l’IVG est inscrite dans la Constitution depuis 2024.

Les médicaments de l’IVG médicamenteuse sont retirés en pharmacie sur prescription. Le pharmacien est donc un interlocuteur de proximité, disponible sans rendez-vous.

 

Contraception : ce qui est accessible en pharmacie

Plusieurs dispositifs facilitent l’accès à la contraception :

  • La contraception d’urgence (« pilule du lendemain ») est délivrée sans ordonnance en pharmacie. Elle est remboursée à 100 % pour toutes les femmes, et gratuite et anonyme pour les mineures.
  • Certains préservatifs sont pris en charge à 100 % sans prescription, sans condition d’âge.
  • Les moins de 26 ans bénéficient d’une prise en charge sans avance de frais de la contraception remboursable prescrite, ainsi que de la consultation annuelle associée. Malgré le remboursement, nous assistons à un recul de la pilule remboursée. D’après le rapport d’évaluation de la Sécurité sociale, 4 231 000 femmes se sont fait rembourser une pilule en 2024, soit 517 000 de moins qu’il y a sept ans. Elle reste toutefois la majorité des contraceptifs remboursés.
  • Le renouvellement de la pilule : sous conditions, un pharmacien peut dépanner pour une durée limitée afin d’éviter toute interruption de contraception.

Un oubli de pilule, un rapport non protégé, un doute sur la méthode choisie : votre pharmacien peut répondre à vos questions en toute confidentialité.

 

Faire le point sur votre contraception

La « meilleure » contraception n’existe pas : c’est celle qui vous convient, que vous pouvez utiliser correctement et qui est compatible avec votre santé. Si votre méthode ne vous satisfait plus, parlez-en à votre médecin, à votre sage-femme ou à votre pharmacien. Des solutions existent, et ce changement peut se faire à tout âge.

Besoin d’un conseil, d’un renouvellement ou d’une contraception d’urgence ? Notre équipe vous accueille sans rendez-vous, dans un cadre confidentiel et sans jugement.

 

Sources :

Ined, « Contraception : méthodes contraceptives pour 100 femmes susceptibles de concevoir » (mise à jour avril 2025)

Ined, Population & Sociétés n° 627, « L’avortement 50 ans après la loi Veil : un recours et des méthodes qui varient sur le territoire » (novembre 2024)

Drees, Études et Résultats n° 1350 (septembre 2025) et n° 1384 (septembre 2026) sur les IVG en France

sante.fr / Assurance Maladie, fiche « Contraception » (février 2026)

HAS, rapport sur la contraception d’urgence (mai 2013)

NèreS, baromètre 2025 sur les délivrances en pharmacie, relayé par Le Quotidien du pharmacien et Le Moniteur des pharmacies

Commission des comptes de la Sécurité sociale / rapport d’évaluation, section « Faciliter l’accès à la contraception » (données 2024)

Ordre national des pharmaciens, décret n° 2023-81 du 6 février 2023 (prise en charge à 100 % de la contraception d’urgence)

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