Cadmium : les conséquences pour la santé
Depuis le 16 juin 2026, les dosages en cadmium dans le sang et les urines sont remboursés par l’Assurance Maladie, dans les zones surexposées au métal. Qui est concerné par ce dosage ? Comment est-on exposé au cadmium ? Quelles sont les conséquences d’une surexposition au cadmium ? Nous vous expliquons tout.
Qu’est-ce que le cadmium ?
Le cadmium est un métal lourd présent naturellement dans les sols, dont la concentration a fortement augmenté sous l’effet des activités industrielles et agricoles humaines. Cancérigène, toxique pour la reproduction et mutagène, il représente aujourd’hui un enjeu de santé publique majeur en France.
Près de la moitié de la population nationale présenterait une imprégnation dépassant les seuils de référence fixés par les instances médicales, une situation jugée préoccupante par l’Anses.
C’est trois à quatre fois plus que les autres pays européens.
Il n’existe pas de traitement permettant de réduire le cadmium dans nos urines et notre sang.
Comment est-on exposé au cadmium ?
Le cadmium est un élément toxique et écotoxique, parmi les plus problématiques sur le plan de la santé environnementale. Ses propriétés physico-chimiques, proches de celles du calcium, lui permettent de traverser les barrières biologiques et de s’accumuler dans les tissus.
L’alimentation constitue la première voie d’exposition
Pour la population générale, l’alimentation constitue la première voie d’exposition. Les aliments qui contribuent le plus à l’exposition au cadmium sont :
- les pains et produits de panification sèche,
- les pommes de terre et dérivés,
- les légumes,
- les mollusques et crustacés (aliments les plus contaminés),
- les végétaux à feuillage vert comme les salades, choux et épinards,
- les céréales (blé) ou encore le riz.
Le tabac est une autre source d’exposition au cadmium
Le tabac constitue une autre source d’exposition significative : une cigarette contient environ 2 µg de cadmium, sous forme de fines particules d’oxyde de cadmium susceptibles de se déposer au niveau des alvéoles pulmonaires.
L’exposition au cadmium dans les milieux professionnels par inhalation
En milieu professionnel, les personnes travaillant dans les industries de la métallurgie du zinc, de la production de pigments, de la fabrication d’accumulateurs ou du décapage de peintures sont exposées au cadmium principalement par voie respiratoire, par l’intermédiaire de fumées ou de poussières issues des procédés industriels.
Quelles sont les conséquences du cadmium sur la santé ?
Une accumulation irréversible dans l’organisme
Une exposition chronique au cadmium, même à faible dose, provoque une accumulation irréversible dans l’organisme, principalement dans les reins et le foie, où sa demi-vie peut atteindre 20 ans.
Sa toxicité est modulée par la dose, la durée d’exposition, la voie d’entrée dans l’organisme, mais aussi par des facteurs individuels comme l’âge, le sexe, l’alimentation, l’état de santé et le mode de vie.
Des atteintes rénales graves
L’atteinte rénale est l’effet le plus documenté d’une exposition prolongée au cadmium. L’exposition à long terme à des taux même modérés de cadmium conduit à une accumulation dans les reins et peut provoquer des dommages rénaux pouvant évoluer vers une maladie rénale chronique.
Une fragilité osseuse accrue
Le cadmium peut entraîner une fragilité osseuse avec un risque augmenté d’ostéoporose et de fractures. Des études animales montrent que les jeunes sont plus susceptibles que les adultes d’avoir une perte osseuse et une réduction de la solidité des os en raison de l’exposition au cadmium.
Des effets respiratoires
Le cadmium peut provoquer des bronchites chroniques, des troubles obstructifs, voire un emphysème pulmonaire.
Un risque cancérogène certain
Le cadmium est classé dans le groupe 1 (cancérogène certain) par le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC) depuis 1993. Les cancers associés sont ceux de l’appareil respiratoire, en particulier le cancer du poumon.
Il est par ailleurs suspecté d’être impliqué dans d’autres cancers, notamment le cancer de la prostate, du sein, le cancer du rein et du nasopharynx.
Depuis 2021, Santé publique France alerte sur le lien entre cadmium et l’explosion des cancers du pancréas en France.
Des effets sur la reproduction et le développement neurologique
Des études suggèrent également des effets délétères sur le système cardiovasculaire et le développement neurologique, particulièrement chez les enfants. Le cadmium est reconnu comme toxique pour la reproduction humaine et mutagène, pouvant entraîner des défauts génétiques héréditaires ou augmenter la fréquence de tels défauts.
Qui est concerné par le remboursement du dosage cadmium ?
Depuis le 16 juin 2026, le dosage urinaire et sanguin au cadmium est remboursé par l’Assurance maladie à hauteur de 60 % pour les patients à risque, en laboratoire de ville, le reste étant pris en charge par la complémentaire santé.
Ce dépistage doit être prescrit par un médecin et s’adresse aux personnes potentiellement surexposées au cadmium du fait de leur lieu de résidence, lorsque le sol a été préalablement reconnu par les autorités compétentes comme étant pollué par le cadmium, ainsi qu’aux personnes surveillées en raison d’une intoxication chronique au cadmium liée à leur lieu de résidence.
Consulter la carte des sols surexposés au Cadmium
Les salariés de l’industrie en contact avec le cadmium dans le cadre de leur travail sont également concernés par ce remboursement.
Il s’agit notamment des populations vivant sur des sols où la concentration en cadmium dépasse un seuil de 0,5 mg/kg ou de 1 mg/kg de matière sèche, selon les seuils définis par les autorités compétentes.
Comment se déroule le dépistage ?
Dans ces indications, le dosage urinaire est prescrit en première intention et, s’il est élevé, le dosage sanguin est effectué de manière complémentaire.
Le tarif de l’acte a été fixé à 27,50 euros, la Sécurité sociale prenant en charge 60 % de ce montant, soit 16,50 euros.
La HAS a établi des valeurs de référence selon l’âge pour le dosage urinaire :
- 0,3 µg/g de créatinine avant 31 ans,
- 0,5 µg/g de créatinine entre 31 et 40 ans,
- 0,8 µg/g de créatinine entre 41 et 50 ans,
- 1 µg/g de créatinine à partir de 51 ans.
Comment réduire son exposition au cadmium au quotidien ?
En dehors des situations de surexposition liées au lieu de résidence ou à l’activité professionnelle, quelques gestes simples permettent de limiter son exposition alimentaire.
La stratégie principale repose sur la diversification alimentaire : varier les sources de féculents en alternant les céréales avec des légumineuses (lentilles, pois chiches) et changer régulièrement de marques ou d’origines géographiques afin de diluer les risques.
Le 03 juin 2026, l’Assemblée nationale a adopté en première lecture (contre l’avis du gouvernement) une loi visant à réduire le taux de cadmium dans les engrais phosphatés. Un calendrier progressif de réduction de la quantité de cadmium dans les engrais a été décidé :
- à compter du 1er janvier 2027, la teneur en cadmium ne pourra excéder 40 milligrammes par kilogramme d’anhydride phosphorique (P₂O₅) ;
- à compter du 1er janvier 2030, ce seuil sera abaissé à 20 milligrammes par kilogramme d’anhydride phosphorique (P₂O₅).
Le texte doit être examiné au Sénat.
Votre pharmacie reste à votre disposition pour répondre à toutes vos questions sur l’exposition au cadmium et vous orienter vers un professionnel de santé si vous estimez être dans l’une des situations à risque décrites ci-dessus.
Sources : Anses, Haute Autorité de Santé, Ameli.fr, VIDAL, Cancer-Environnement.fr, Service-Public.fr, Journal officiel du 2 juin 2026.